LE SPORT CAMEROUNAIS AU BORD DE L’EFFONDREMENT ?

Le sport camerounais traverse actuellement l’une de ses pires périodes. Ce qui semblait être des crises isolées dans certaines disciplines s’est transformé en un effondrement généralisé de la gouvernance des fédérations sportives nationales. Détournements de fonds, conflits de leadership, suspensions, menaces de sanctions internationales… le tableau est sombre et appelle à une réflexion sérieuse sur l’état réel du sport au Cameroun. Depuis plusieurs mois, le paysage sportif camerounais est plongé dans une tourmente sans précédent. Ce qui devait être un moteur de cohésion nationale et de rayonnement international est désormais miné par des scandales en série au sommet des principales fédérations sportives. les signaux sont au rouge. Le constat est accablant, et les acteurs du milieu tirent la sonnette d’alarme.
Ce climat délétère nuit aux athlètes, qui subissent les conséquences d’une gestion défaillante et politisée du sport. Faute de réformes structurelles et de volonté politique réelle, le sport camerounais risque de s’enfoncer davantage, compromettant non seulement ses performances mais aussi sa crédibilité à l’échelle internationale. La Fédération camerounaise de handball (Fecahand) a ouvert la voie à une série noire avec la suspension de son président pour détournement présumé de fonds publics. Ce scandale financier jette une ombre sur la gestion des ressources destinées au développement du handball, une discipline qui peinait déjà à redresser la barre après des années d’instabilité.
Le volley-ball camerounais, pourtant auréolé de quelques succès continentaux ces dernières années, est embourbé dans un bicéphalisme qui bloque toute prise de décision. Deux responsables se disputent le leadership de la Fecavolley, entraînant une paralysie complète des activités. Les sélections nationales risquent la disqualification dans plusieurs compétitions en raison de cette cacophonie institutionnelle. La Fédération camerounaise de boxe (Fecaboxe) est pour sa part sous le coup d’une menace de suspension par l’IBA, l’instance internationale de la discipline. Les accusations portent sur des manquements administratifs graves et une gouvernance opaque. Même menace pour la Fecarugby, qui pourrait être écartée des instances africaines à cause d’une gestion jugée désastreuse par Rugby Afrique. La Fédération camerounaise de football, traditionnellement la vitrine du sport national, est également secouée par des remous. Le président Samuel Eto’o est accusé de détournement de fonds, ce qui ravive les critiques sur sa gestion et son style de leadership. Ces accusations, bien qu’encore non jugées, viennent fragiliser davantage une fédération déjà divisée et en proie à des tensions avec le ministère des Sports. Ces différents scandales entachent la préparation des Lions Indomptables aux qualifications pour la Coupe du monde 2026. L’incertitude sur le maintien ou non de l’entraîneur Marc Brys, en conflit ouvert avec la Fecafoot, est symptomatique de cette gestion erratique qui met en péril l’avenir sportif du pays.
Ce climat de crise générale met en lumière un mal plus profond : l’absence d’un système de gouvernance sportive cohérent, transparent et rigoureux. L’ingérence politique, les conflits d’intérêts, l’absence de mécanismes de reddition des comptes et la faiblesse des contrôles internes permettent aux dérives de prospérer. Pire encore, le silence complice de certaines autorités contribue à entretenir l’impunité. Au lieu d’être un moteur d’unité nationale, d’émulation et d’inspiration pour la jeunesse, le sport camerounais devient un champ de ruines où la politique, les ambitions personnelles et les jeux de pouvoir prennent le pas sur l’intérêt des athlètes et des disciplines.
Face à cette débâcle, l’État, via le ministère des Sports, ne peut plus se contenter de jouer les spectateurs. Il est impératif de déclencher une réforme en profondeur de la gouvernance des fédérations. Cela passe par la mise en place d’instances de contrôle indépendantes, la transparence dans la gestion des financements, la formation des dirigeants sportifs et l’application stricte des sanctions en cas de fautes graves. Car à ce rythme, non seulement le Cameroun perd sa crédibilité à l’international, mais il compromet aussi l’avenir d’une génération de jeunes talents qui voient leur rêve de carrière sacrifié sur l’autel de la mauvaise gouvernance. Face à cette série de crises à répétition au sein des fédérations sportives camerounaises, il devient impératif que l’État, les organes de contrôle et la société civile s’impliquent davantage pour garantir la transparence, la bonne gouvernance et l’éthique dans le sport. L’inaction ou la complaisance ne feraient qu’aggraver l’effondrement progressif de structures censées incarner l’excellence, la cohésion et la fierté nationale. Le Cameroun, pays de sport par excellence, doit impérativement assainir ses fédérations s’il veut continuer à faire vibrer le continent et briller sur la scène mondiale. Le sport camerounais est en danger. Il faut le sauver, et vite.
Joakim IPELA























