SAMUEL ETO’O : UN MANDAT SOUS LE SIGNE DES DÉSILLUSIONS SPORTIVES

L’élection de Samuel Eto’o le 11 décembre 2021 avait soulevé un vent d’espoir inédit, une promesse de redonner au football camerounais toute sa grandeur. Cinq ans plus tard, le contraste entre l’aura de la légende et la réalité du bilan administratif est saisissant. Derrière le slogan de campagne, le terrain a rendu un verdict bien plus nuancé, marqué par une régression compétitive qui inquiète les observateurs les plus avertis. Sous l’ère Eto’o, les Lions Indomptables semblent avoir perdu leur statut de fauves de l’Afrique. Si la qualification pour la Coupe du Monde 2022 reste un fait d’armes, l’élimination dès le premier tour, malgré une victoire historique contre le Brésil, a laissé un goût d’inachevé.
Le véritable séisme est survenu lors de la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, où le Cameroun, laborieux dans le jeu, a été surclassé par le Nigeria dès les huitièmes de finale. Plus grave encore, le réservoir local et les catégories inférieures tarissent avec une sortie de piste prématurée au CHAN 2023 et des absences répétées aux grands rendez-vous comme les JO 2024, la CAN U23 ou la Coupe du Monde U17 2025, privant le pays d’un cycle de renouvellement de talents pourtant vital. Longtemps moteur de fierté nationale, le football féminin camerounais traverse une zone de turbulences sans précédent. La non-qualification pour la Coupe du Monde 2023 a été le premier signal d’alarme, suivi de l’échec pour la CAN 2024. L’absence des Lionnes aux Jeux Olympiques de Paris 2024 confirme une perte de leadership sur l’échiquier continental, au profit de nations comme le Nigeria, l’Afrique du Sud ou le Maroc.
Ce déclin structurel suggère un manque d’investissement et de vision pour une discipline qui, autrefois, portait haut les couleurs du pays. Au-delà des scores, c’est la méthode de gestion qui interroge. Le mandat de Samuel Eto’o est jalonné de crises institutionnelles majeures, notamment un bras de fer permanent avec le Ministère des Sports sur le choix des sélectionneurs qui a terni l’image de la fédération. À cela s’ajoutent des soupçons persistants d’immixtion dans les listes de joueurs et les choix tactiques, affaiblissant l’autorité des staffs techniques, ainsi que des tensions croissantes avec les présidents de clubs et les ligues régionales entraînant des procédures juridiques à répétition devant le Tribunal Arbitral du Sport. Bien que des efforts aient été consentis pour la promotion du championnat local, la durabilité économique des clubs reste précaire. Les retards de paiement de subventions et les infrastructures souvent impraticables contrastent avec le standing que l’actuel président souhaitait imposer. Le football à la base, socle de la réussite future, semble être le parent pauvre de cette politique centrée sur l’image et la communication de crise. Le passage de l’icône au fauteuil de dirigeant se heurte à la complexité de l’administration sportive. Si Samuel Eto’o conserve une base de soutiens inconditionnels, la réalité statistique est indéniable : le football camerounais a reculé. Le défi n’est plus seulement de se qualifier pour les prochaines échéances, mais de rebâtir un écosystème sain où le talent sportif n’est plus étouffé par les querelles de bureau.
L’analyse de ces années de gouvernance impose une réflexion profonde sur la pérennité du modèle actuel. Le crédit dont disposait l’ancien capitaine, fondé sur une carrière footballistique inégalée, semble s’éroder face à l’implacable réalité des chiffres et de la désorganisation structurelle. Le Cameroun, autrefois craint pour sa rigueur et sa capacité à se sublimer dans l’adversité, donne aujourd’hui l’image d’une nation dont l’énergie est davantage consommée par des batailles juridiques et administratives que par la préparation technique de ses athlètes. Cette décentralisation des priorités, passant du rectangle vert aux tribunaux et aux plateaux de télévision, constitue sans doute le plus grand échec symbolique de ce mandat. L’avenir du football camerounais sous cette présidence dépendra désormais de la capacité de l’instance faîtière à opérer une mutation radicale. Il ne s’agit plus simplement de remporter des matches de qualification, mais de restaurer une sérénité institutionnelle indispensable à la haute performance. Si le cap actuel est maintenu, le risque est de voir le Cameroun s’installer durablement dans une forme de médiocrité continentale, où les exploits individuels ne suffiraient plus à masquer les carences collectives.
La question n’est plus de savoir si Samuel Eto’o possède la volonté de réussir, mais s’il acceptera de déléguer, de pacifier ses relations avec les autres acteurs de l’État et de remettre le technicien au centre des décisions sportives. Le bilan de ce mandat reste en suspens entre la fin d’un mythe et la nécessité d’un sursaut. Pour que le rêve de grandeur ne s’achève pas en un simple fait divers de l’histoire du sport national, une autocritique sévère est nécessaire. Le football camerounais est à la croisée des chemins : soit il parvient à transformer cette crise de croissance en un nouveau départ fondé sur le professionnalisme et l’humilité, soit il s’enfonce dans une spirale où l’ego des dirigeants finit par occulter le talent des joueurs. Le temps presse, car sur le continent, les autres nations avancent à grands pas, laissant peu de place à ceux qui s’attardent dans les querelles de pouvoir.
Joakim IPELA























