YAOUNDÉ CAPITALE À L’ABANDON : DES ROUTES EN DÉCOMPOSITION

Dans la capitale camerounaise, Yaoundé, les usagers de la route vivent un véritable calvaire. Entre nids-de-poule, fissures et dégradations incessantes, la situation des infrastructures routières soulève des inquiétudes croissantes. Ce constat alarmant met en lumière l'inefficacité des autorités face à une problématique qui impacte directement la sécurité et la qualité de vie des habitants. Les témoignages poignants des usagers révèlent une détresse commune et un appel urgent à l'action.
0
1314

Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, est souvent présentée comme une ville en pleine expansion, riche de sa diversité culturelle et de son dynamisme économique. Cependant, un fléau persistant vient ternir cette image : l’état catastrophique des routes. Les « nids-de-poule », les fissures et autres dégradations sont devenus le quotidien des usagers, mettant en lumière l’inefficacité des autorités face à une situation qui semble se détériorer de jour en jour. À travers la ville, les routes sont parsemées de trous béants et de fissures. L’état des routes est devenu un véritable cauchemar pour les usagers. Ce qui devait être un réseau structurant et moderne digne d’une capitale administrative est aujourd’hui un patchwork de nids-de-poule, de chaussées effondrées et de voiries défoncées. À chaque coin de rue, le bitume cède, révélant les failles profondes d’un système de gouvernance défaillant.

Difficile de citer un quartier qui échappe à la dégradation. À Nsam, les automobilistes slaloment entre cratères et flaques stagnantes. À Mvog-Mbi, l’axe principal est réduit à un chemin de fortune, obligeant taxis et motos à des manœuvres périlleuses. À Emana, Mendong, Essos, ou encore à la Cité Verte, les routes sont devenues impraticables, surtout en saison des pluies. « On paie nos taxes, on achète des vignettes, mais regardez l’état de nos routes ! » s’emporte un chauffeur de taxi excédé. Commerçants, transporteurs, élèves, fonctionnaires… tous témoignent du coût social et économique de ces infrastructures en ruine. Les pannes mécaniques se multiplient, les accidents sont fréquents, et les retards chroniques paralysent les activités. « C’est la capitale d’un État, pas d’un village ! » lance un habitant d’Odza, visiblement lassé. Selon une étude menée par le ministère des Travaux publics, près de 60 % des routes de Yaoundé nécessitent des réparations immédiates. La situation est particulièrement préoccupante dans certains quartiers périphériques où l’entretien est quasi inexistant.

Les routes en mauvais état n’affectent pas seulement la sécurité des usagers, mais elles ont également un impact économique significatif. Les transporteurs, qui dépendent de routes en bon état pour livrer des marchandises, subissent des pertes considérables. Une étude de la Chambre de Commerce de Yaoundé a révélé que les entreprises de transport perdent en moyenne 20 % de leurs revenus annuels à cause des réparations fréquentes et des retards de livraison liés aux routes dégradées. Le plus révoltant, selon plusieurs riverains, est le silence des autorités. Malgré les nombreuses plaintes, alertes médiatiques et protestations citoyennes, aucune véritable politique de réhabilitation durable n’est visible. L’entretien routier se limite à des colmatages de fortune, souvent emportés par la première pluie. « On vient jeter du gravier et disparaître. C’est du maquillage pour tromper les bailleurs de fonds », accuse un ingénieur du bâtiment. Comment expliquer qu’une ville aussi stratégique et visible que Yaoundé puisse être aussi mal traitée ? Pour beaucoup, la réponse est simple : absence de volonté politique, mauvaise gestion des fonds publics, corruption dans les appels d’offres, et indifférence des décideurs qui empruntent des routes goudronnées uniquement lors des déplacements officiels.

Les témoignages d’usagers de la route illustrent parfaitement ce constat alarmant. Marie Ekobo, 32 ans, cadre dans une entreprise, déclare : « Chaque matin, je crains de crever un pneu en prenant la route pour le travail. Les nids-de-poule sont partout, et il est presque impossible de les éviter. Je perds souvent du temps dans les embouteillages causés par les accidents liés à ces dégradations. » Jean Tchinda « dit Père chaud » 71 ans, chauffeur de taxi, ajoute : « J’ai dû dépenser une fortune en réparations à cause des routes. Les clients se plaignent souvent des secousses pendant le trajet, et certains refusent même de payer. C’est embarrassant et frustrant de ne pas pouvoir offrir un service de qualité à cause de l’état des routes ». Leila Pam, 22ans, étudiante en 3e année à l’université de Yaoundé 2 complète : « Je prends souvent le bus pour me rendre à l’université. Les conducteurs roulent trop vite pour éviter les nids-de-poule, et cela rend le voyage dangereux. Une fois, le bus a perdu une roue à cause d’un trou. Je ne me sens pas en sécurité ».

Les routes dégradées ne représentent pas seulement un désagrément pour les usagers, mais elles constituent également une menace sérieuse pour leur sécurité. Les accidents liés à la dégradation des routes sont en hausse. En 2022, les statistiques de la police ont révélé une augmentation de 25 % des accidents de la route par rapport à l’année précédente. La plupart de ces accidents sont attribués à des manœuvres d’évitement ou à des pertes de contrôle dues aux nids-de-poule. Un agent de la police de la route, qui a souhaité garder l’anonymat, déclare : « Nous faisons de notre mieux, mais il est difficile d’intervenir efficacement lorsque les routes sont dans un tel état. Beaucoup d’accidents pourraient être évités si les routes étaient correctement entretenues. Les victimes sont souvent des innocents qui n’ont rien à voir avec la négligence des autorités ». Les histoires des victimes d’accidents liés aux routes dégradées sont poignantes. Luc, 38 ans, a perdu un ami dans un accident causé par un nid-de-poule mal entretenu. « C’est dévastateur. Mon ami était un père de famille, et tout cela à cause d’une route en mauvais état. Les autorités doivent comprendre qu’il y a des vies en jeu ».

Malgré les plaintes croissantes des usagers, les autorités semblent souvent sourdes. Les promesses de réhabilitation des routes se multiplient, mais les actions concrètes se font attendre. Du côté de la Mairie de Yaoundé, un responsable municipal à notre micro a affirmé que des fonds avaient été alloués pour les réparations, mais les délais restent flous. « Nous avons un plan d’action, mais la mise en œuvre prend du temps », a-t-il déclaré, sans fournir de détails précis. Les usagers sont de plus en plus sceptiques face aux solutions proposées par les autorités. Les réparations temporaires, comme le remplissage des nids-de-poule, sont souvent mal exécutées et ne tiennent pas longtemps. Célestin, un habitant de Yaoundé au quartier Mvan, déclare : « On voit souvent des équipes venir faire des travaux, mais après quelques semaines, les nids-de-poule réapparaissent. C’est comme un cercle vicieux ».

Les citoyens de Yaoundé en ont assez. Depuis plusieurs années des mouvements de contestation émergent sur les réseaux sociaux, appelant à une prise de conscience collective et à une action immédiate des autorités. Les usagers demandent des comptes et exigent des solutions durables pour un meilleur entretien des routes. Des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux montrent souvent des photos choquantes des routes et des accidents causés par leur dégradation. Juliette Mbe, une militante d’un parti politique d’opposition: « Nous ne pouvons plus rester silencieux. C’est notre sécurité qui est en jeu. Nous devons nous unir pour exiger un changement ». L’état des routes à Yaoundé est un problème urgent qui nécessite une attention immédiate. Les témoignages des usagers révèlent une détresse commune et un appel à l’action. Si rien n’est fait, la situation pourrait rapidement devenir insoutenable, affectant non seulement la circulation, mais aussi la sécurité et la qualité de vie des citoyens. Les autorités doivent agir, et vite. La ville de Yaoundé mérite de meilleures routes, et ses habitants méritent d’être protégés.

Alors que le pays s’apprête à vivre une élection présidentielle en octobre 2025, la question de l’infrastructure urbaine devrait être centrale. Mais en l’état, les routes de Yaoundé parlent d’elles-mêmes : elles crient l’abandon, la négligence et le mépris du citoyen.

Joakim IPELA

Leave a reply