POLITIQUE – RIFFI AU SOMMET DU RDPC : DEUX POUVOIRS, UNE GUERRE FROIDE EN MARCHE

Alors que l’élection présidentielle de 2025 approche à grands pas, une atmosphère de flottement gagne les plus hautes sphères du pouvoir. Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), longtemps présenté comme une machine politique huilée, montre aujourd’hui les signes inquiétants d’une désarticulation interne. En toile de fond : une bataille silencieuse entre Jean Nkuété, secrétaire général du Comité central, et Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la Présidence de la République. Tous deux prétendent agir « au nom du président Paul Biya ». Mais qui parle vraiment pour le chef de l’État ?
La convocation, pour le 8 juillet 2025, d’une réunion à Yaoundé par Jean Nkuété avec les membres du Comité central, les parlementaires et les barons du parti, sonne comme un appel à la reconquête de l’autorité politique du RDPC. Dans un contexte de rumeurs persistantes sur la santé et l’aptitude de Paul Biya à gouverner, cette initiative fait figure de sursaut d’un appareil vieillissant, cherchant à reprendre la main face à l’offensive méthodique du SGPR.
En parallèle, Ferdinand Ngoh Ngoh, discret mais redoutablement efficace, multiplie depuis quelques semaine des réunions “informelles” avec les mêmes acteurs, évoquant une “volonté du président” de sonder ses proches, sans jamais produire de note officielle. Ces manœuvres alimentent un climat de suspicion : prépare-t-on une transition ? Qui détient la véritable légitimité au sein du sérail ?
Le RDPC, pilier du régime depuis quatre décennies, n’a jamais été aussi désorienté. Si Jean Nkuété tente de faire croire à une continuité, les militants et cadres intermédiaires ne s’y trompent pas : le pouvoir réel semble glisser progressivement entre les mains du SGPR, bras droit officieux du président, qui agit sans contrepoids. Une guerre d’influence se joue, et ses répercussions sont visibles dans toutes les régions : cacophonie dans les investitures locales, clans rivaux qui sabotent les tournées politiques des uns et des autres, silence pesant sur la stratégie électorale. Dans un régime construit autour de la centralité du président, la moindre ambiguïté sur la source du pouvoir devient explosive. Le silence de Paul Biya devenu une constante nourrit toutes les spéculations. Certains voient en Ngoh Ngoh son successeur naturel, d’autres misent sur un retour en force de la vieille garde du parti. Mais une chose est sûre : la bataille a commencé, et elle se joue désormais à ciel ouvert.
La réunion du 8 juillet n’est donc pas une simple rencontre logistique. Elle pourrait marquer un tournant : soit dans la clarification du leadership du RDPC, soit dans la cristallisation du chaos. Le risque est réel : voir les deux têtes du régime s’affronter symboliquement dans une guerre de positionnement qui désorganise non seulement le parti, mais aussi l’ensemble de l’appareil étatique. Avec une présidentielle dans trois mois, ce désordre pourrait s’avérer fatal.
Le RDPC, s’il veut sauver sa peau, devra répondre à une question simple mais cruciale : qui parle au nom de Paul Biya ? Tant que cette question restera sans réponse claire, les Camerounais, eux, continueront à observer lassés, méfiants, parfois résignés la guerre froide qui mine leur classe dirigeante. Et pendant ce temps, l’opposition prépare ses armes, discrètement. Car, dans tout grand désordre, il y a toujours une fenêtre pour le basculement.
Joakim IPELA























