INTERVIEW EXCLUSIVE – DR MENGUE EPSE YAYA, ENDOCRINOLOGUE-DIABÉTOLOGUE : « LE DIABÈTE DE TYPE 1 EST UNE URGENCE MÉDICALE MAL CONNUE AU CAMEROUN »

Alors que le diabète de type 1 touche de plus en plus d’enfants et de jeunes au Cameroun, la prise en charge reste encore mal connue et insuffisamment structurée. Dans cet entretien, le Dr Mengue Epse Yaya, endocrinologue-diabétologue en service à l’Hôpital Général de Yaoundé, revient sur les causes, les signes d’alerte, les défis du traitement et lance un appel aux autorités pour une meilleure politique de santé en faveur des patients atteints de cette maladie chronique.
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Journaliste (Esbi Media) : Bonjour Dr Mengue Epse Yaya. Merci de nous recevoir à l’Hôpital Général de Yaoundé. Aujourd’hui, nous abordons un sujet encore trop peu médiatisé : le diabète de type 1. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est exactement ?

Dr Mengue Epse Yaya : Bonjour et merci pour cette tribune importante. Le diabète de type 1 est une maladie chronique auto-immune. Concrètement, cela signifie que le système immunitaire du patient s’attaque par erreur aux cellules du pancréas responsables de la production d’insuline. Sans cette hormone, le glucose ne peut pas entrer dans les cellules pour être utilisé comme énergie. Il reste alors dans le sang, ce qui entraîne une hyperglycémie. Ce type de diabète survient généralement très tôt, chez l’enfant ou l’adolescent, mais on le découvre aussi chez des adultes jeunes. Contrairement au diabète de type 2, il ne dépend pas d’un mode de vie mais plutôt d’un dérèglement du système immunitaire.

Journaliste : Comment reconnaître les signes d’alerte, notamment chez les enfants ?

Dr Mengue Epse Yaya : C’est une excellente question, car le diagnostic tardif peut avoir des conséquences graves. Les symptômes sont souvent assez visibles mais malheureusement ignorés. Il s’agit d’une soif excessive, d’envies fréquentes d’uriner, d’une perte de poids rapide malgré une alimentation normale, d’une fatigue extrême et parfois d’une mauvaise haleine fruitée. Si l’on tarde à consulter, cela peut évoluer vers une acidocétose diabétique, qui est une complication très grave pouvant entraîner le coma ou même la mort. La sensibilisation des parents et des enseignants est donc cruciale.

Journaliste : Quel est le traitement du diabète de type 1 ?

Dr Mengue Epse Yaya : Le seul traitement à ce jour est l’administration quotidienne d’insuline, soit par injections multiples, soit par pompe à insuline. En plus de cela, les patients doivent mesurer leur glycémie plusieurs fois par jour, adapter leur alimentation, faire de l’exercice régulièrement et avoir un suivi médical rigoureux. C’est une gestion exigeante, surtout pour les jeunes, mais c’est ce qui leur permet de vivre une vie normale.

Journaliste : Le Cameroun est-il suffisamment préparé pour accompagner ces patients ?

Dr Mengue Epse Yaya : Il y a des efforts, mais ils restent insuffisants. Le principal obstacle, c’est le coût. L’insuline, les bandelettes de glycémie, les stylos injecteurs ou les pompes sont chers, et ne sont pas toujours disponibles. Pour de nombreuses familles, cela représente un fardeau financier insoutenable. Dans certaines zones rurales, il est même impossible de diagnostiquer ou de suivre correctement un enfant diabétique. Cela pose un vrai problème d’équité en santé. Il faut une prise en charge publique plus forte, avec un remboursement partiel ou total des soins.

Journaliste : Qu’en est-il du soutien psychologique, souvent négligé ?

Dr Mengue Epse Yaya : Vous avez raison. Vivre avec le diabète de type 1, surtout quand on est jeune, peut être traumatisant. Il faut apprendre à gérer ses injections, ses repas, son activité physique, à répondre aux hypoglycémies… Et il y a aussi la stigmatisation sociale, en milieu scolaire notamment. Un accompagnement psychologique est donc essentiel, pour les enfants comme pour leurs familles, mais il est encore très peu développé dans nos hôpitaux.

Journaliste : Un dernier mot pour les familles ou les décideurs politiques ?

Dr Mengue Epse Yaya : J’encourage vivement les parents à consulter dès l’apparition de signes suspects. Le diagnostic précoce sauve des vies. Aux autorités, je lance un appel : le diabète de type 1 est une maladie qui touche nos enfants, et ils ont besoin d’un accompagnement complet médical, éducatif, et psychologique. Nous devons bâtir un système de santé inclusif, qui ne laisse personne de côté, surtout pas les plus jeunes.

Journaliste : Merci, Docteur, pour ces précieuses explications.

Dr Mengue Epse Yaya : Merci à vous de donner la parole à la santé publique. Ensemble, nous pouvons changer les choses.

Propos recueillis par Joakim IPELA

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