21 ANS AU MÊME POSTE : BON ANNIVERSAIRE À VOUS, MESSIEURS LES MINISTRES !

Ce 8 décembre 2025 a marqué un anniversaire singulier dans l’histoire politique du Cameroun : quatre ministres ont atteint 21 ans de service continu au même poste. Il s’agit de Jacques Fame Ndongo (Enseignement supérieur), Madeleine Tchuenté (Recherche scientifique et Innovation), Luc Magloire Mbarga Atangana (Commerce) et Pierre Hélé (Environnement, Protection de la nature et Développement durable). Vingt années au même poste sans interruption, dans un pays où les urgences sociales, économiques et institutionnelles s’accumulent, cela interroge et choque. Car derrière cette stabilité apparente se cache une réalité plus troublante : l’enracinement d’un pouvoir fermé, sourd aux mutations d’une société jeune, dynamique, en quête de renouveau. Comment expliquer qu’en deux décennies, malgré les crises multiples, les scandales, les défis persistants, aucune alternance n’ait été envisagée dans des ministères aussi stratégiques que l’Enseignement supérieur, le Commerce, l’Environnement ou la Recherche scientifique ? Pourquoi tant d’insistance à conserver les mêmes visages, quand le besoin de changement, d’idées neuves et d’efficacité se fait chaque jour plus pressant ?
Cette situation met en lumière une certaine vision de la gouvernance : celle qui privilégie la loyauté au chef de l’État plutôt que les résultats tangibles ; celle qui transforme les postes publics en trônes ; celle qui exclut toute remise en question. Dans cet article, il ne s’agit pas simplement de dénoncer, mais d’ouvrir un débat essentiel sur l’avenir du Cameroun, sur la place accordée aux jeunes compétences, et sur l’urgence d’une gouvernance moderne, responsable et tournée vers l’action. Cette stabilité ministérielle, présentée par certains comme un gage d’expérience, est perçue par d’autres comme le symptôme d’un système politique figé, où le renouvellement des idées et des pratiques est entravé. Dans un contexte mondial où l’innovation et l’adaptabilité sont essentielles, le maintien prolongé des mêmes individus à des postes clés interroge sur la capacité du gouvernement à répondre efficacement aux besoins changeants de la société. Le cas de Jacques Fame Ndongo, par exemple, soulève des interrogations sur l’évolution du système éducatif camerounais. Malgré les réformes entreprises, les défis persistent : infrastructures insuffisantes, inadéquation entre formation et marché de l’emploi, et fuite des cerveaux. De même, Madeleine Tchuenté, à la tête de la Recherche scientifique depuis deux décennies, fait face à des critiques concernant le manque de financement et de valorisation de la recherche locale.
Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, est confronté à une économie marquée par des déséquilibres commerciaux et une dépendance aux importations. Quant à Pierre Hélé, en charge de l’Environnement, les enjeux liés au changement climatique et à la déforestation exigent des approches innovantes et une collaboration accrue avec les acteurs locaux et internationaux. Cette longévité ministérielle pose également la question de la méritocratie et de la promotion des jeunes talents au sein de l’administration. Dans un pays où une grande partie de la population est jeune, l’absence de renouvellement au sommet peut engendrer un sentiment de frustration et de désengagement civique. Il est essentiel de repenser les mécanismes de nomination et d’évaluation des responsables publics, en instaurant des critères clairs de performance et des limites de mandat. Cela permettrait non seulement de dynamiser l’action gouvernementale, mais aussi de renforcer la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Le Cameroun regorge de compétences, d’initiatives citoyennes, de jeunes leaders dans tous les domaines. Le pays ne manque pas de ressources humaines, mais il souffre d’un verrouillage du pouvoir qui empêche l’émergence de cette nouvelle génération. Ouvrir la voie, ce n’est pas faire un geste symbolique : c’est engager une réforme profonde du mode de gouvernance, intégrer les jeunes dans la prise de décision, limiter les mandats, évaluer les performances et surtout, faire primer l’intérêt collectif sur la loyauté personnelle. Il est temps que le Cameroun sorte de cette logique de fidélité à vie qui récompense l’allégeance au détriment de l’efficacité. Il est temps d’injecter du sang neuf dans les artères d’un État devenu sclérosé. Le progrès exige du courage politique : celui de transmettre, de faire confiance à d’autres, de céder la place quand on a tout donné ou quand on n’a plus rien à offrir. Le Cameroun ne pourra affronter les défis du 21 siècle changements climatiques, transition numérique, éducation, emploi, gouvernance avec des méthodes du siècle dernier. Ce n’est pas un manque de respect que de réclamer une relève. C’est un cri de survie. Un appel à l’intelligence collective. Et un impératif patriotique.
Si l’expérience peut être un atout, elle devient contre-productive lorsqu’elle se mue en routine, en entêtement ou en résistance au changement. Le maintien au pouvoir pendant deux décennies des mêmes figures, sans remise en question, sans évaluation publique des résultats, crée un climat d’immobilisme institutionnalisé. Cela bride non seulement l’innovation, mais aussi l’émulation au sein de la sphère administrative. Un gouvernement qui ne se renouvelle pas est un gouvernement qui s’épuise, qui s’isole, et qui finit par perdre tout contact avec les réalités d’une population en constante mutation. Le Cameroun d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a vingt ans. La jeunesse, ultra-majoritaire, connectée, éduquée, aspirant à la transparence et à l’efficacité, ne se reconnaît plus dans des dirigeants usés par le temps, installés dans le confort de leur statut. Ce décalage croissant entre le peuple et ses dirigeants est dangereux. Il alimente le désenchantement, l’abstention, le rejet des institutions et parfois même la radicalisation. Il ne suffit pas d’avoir de l’expérience ; encore faut-il qu’elle serve à faire évoluer, et non à figer.
Joakim IPELA























