LE VOLLEY-BALL CAMEROUNAIS, OTAGE D’UNE GUERRE D’ÉGOS

Au Cameroun, l’absurde tutoie désormais le scandale dans le monde du sport. Le volley-ball, autrefois discipline prometteuse sur le plan continental, s’enfonce dans un chaos institutionnel inacceptable. Deux fédérations concurrentes, deux présidents rivaux, deux visions irréconciliables : Serge Abouem d’un côté, Bello Bourdane de l’autre. Pendant que chacun campe sur ses certitudes et s’érige en autorité suprême, le volley-ball camerounais se noie dans les méandres d’un duel d’égo stérile, sans que l’État ou les instances sportives internationales n’aient le courage ou la volonté de trancher. C’est un coup porté à la crédibilité du sport camerounais, un naufrage organisé, où les intérêts personnels ont définitivement pris le pas sur l’intérêt général. Au lieu de se consacrer à la formation, à la compétition et à la performance, la discipline est aujourd’hui engluée dans une querelle institutionnelle ridicule mais tragiquement symptomatique des dérives du sport au Cameroun. Le pays est devenu une curiosité internationale : c’est actuellement le seul État au monde à compter deux fédérations concurrentes pour une seule et même discipline. Un non-sens absolu.
Cette rivalité institutionnelle, loin d’être une simple querelle administrative, a des conséquences graves et visibles sur le terrain. Les sélections nationales sont désormais préparées en double, dans une confusion totale. D’un côté, des joueurs convoqués par Serge Abouem ; de l’autre, ceux enrôlés par Bello Bourdane. Résultat : les athlètes eux-mêmes ne savent plus à quelle autorité se référer, ni quelle convocation suivre sous peine de sanctions. Les entraîneurs se retrouvent piégés, écartelés entre deux hiérarchies parallèles. Pire encore, des compétitions internationales risquent d’être boycottées ou annulées faute de clarté sur la légitimité des équipes engagées.
Les partenaires privés et les sponsors, témoins impuissants de ce désordre, se désengagent peu à peu, fuyant un environnement jugé instable et peu professionnel. Quant à la tutelle, le ministère des Sports, il multiplie les silences coupables et les arbitrages mous, laissant pourrir une situation qui exige une décision ferme et courageuse. Ce double commandement dans une fédération sportive n’est pas seulement une honte ; c’est un signal d’alerte pour toutes les disciplines au Cameroun. Si rien n’est fait, cette cacophonie administrative pourrait bien se généraliser, achevant de décrédibiliser le sport camerounais sur la scène africaine et mondiale. Serge Abouem, président de longue date, et Bello Bourdane, élu lors d’un scrutin contesté, se disputent désormais la direction de la Fédération camerounaise de volley-ball (Fécavolley). Chaque camp campe sur ses positions, convoque ses propres assemblées générales, sélectionne ses propres équipes nationales, et communique auprès de la presse comme s’il était le seul légitime. Pendant ce temps, le sport, lui, souffre. Les joueurs sont dans la confusion. Les sponsors prennent leurs distances. Et l’image du Cameroun est, une fois de plus, écornée dans les instances africaines et internationales.
Pire encore : au lieu d’intervenir clairement pour mettre de l’ordre, les autorités restent dans une ambiguïté coupable. Ni le ministère des Sports, ni le Comité national olympique, ni la Confédération Africaine de Volley-ball (CAVB) n’ont réussi à trancher avec autorité. Résultat : deux sélections masculines et féminines se préparent en parallèle pour les mêmes compétitions internationales. Le ridicule atteint son paroxysme. Ce chaos n’est pas simplement administratif. Il prive les athlètes de la sérénité nécessaire à la performance. Il met en péril les participations du Cameroun aux grands rendez-vous continentaux et mondiaux. Il décourage les jeunes talents, jette le discrédit sur les dirigeants, et montre à la face du monde l’image d’un pays incapable de gérer une fédération sportive. Il est urgent que l’État reprenne la main, que les pouvoirs publics fassent respecter l’autorité, la légalité et la transparence. Ce genre de dérive, si elle devient la norme, fragilise tout l’édifice sportif national. Le volley-ball camerounais mérite mieux. Il mérite de sortir de cette double présidence absurde et de retrouver son unité pour reconstruire une discipline en souffrance, au service des athlètes et de la nation.
En définitive, la situation ubuesque que vit actuellement la Fécavolley est le reflet d’un laisser-aller institutionnel gravissime. Permettre à deux présidents de coexister à la tête d’une même fédération, avec chacun ses équipes, ses entraîneurs et ses programmes, revient à décréter officiellement l’anarchie dans le sport camerounais. Cette dualité toxique n’est pas simplement une curiosité administrative : elle tue la crédibilité du Cameroun dans les instances internationales, désoriente les athlètes, et ruine les efforts de développement de toute une discipline. Tant que l’État refusera de trancher avec clarté et autorité, le Cameroun restera ce pays unique au monde où la division est érigée en méthode de gouvernance sportive. Une honte nationale.
Joakim IPELA























