TETE A TETE AVEC SEDO TOSSOU

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SEDO TOSSOU, « Je trouvais qu’il y avait énormément de discrimination raciale et un manque d’opportunités pour les acteurs noirs dans le cinéma »

Depuis sa plus tendre enfance, Sedo Tossou fonctionne à l’instinct. Sur la scène artistique, il a souvent procédé de la même manière. Acteur, pianiste et mannequin franco-béninois, c’est un panafricaniste engagé. Il est l’un des premiers acteurs béninois à s’insérer dans le monde du cinéma hollywoodien. Quittant la France, où il dénonce le racisme et la discrimination d’acteurs noirs dans l’industrie cinématographique hexagonale, pour les Etats-Unis, Sedo Tossou croyait rejoindre un Eldorado. Celui du plein emploi et d’une qualité de vie mondialement connu.  Après un périple au pays de l’Oncle Sam, c’est finalement en Afrique qu’il trouve son épanouissement. À 27 ans, c’est un entrepreneur à succès au Benin qui suinte d’amour pour la jeunesse africaine. Il est le fondateur de Sèdo N’Nogni, une école de cinéma au Bénin et est diplômé de la grande école de cinéma et d’art dramatique appelée New York Film Academy. Vous aurez la chance de le découvrir dans la peau d’un manipulateur tout au long de la série « BLACK SANTIAGO CLUB », diffusée depuis le 03 juillet 2023 sur Canal + Première. Il a accepté de se confier à Esbi Média.

Esbi Media : Bonjour Sedo Tossou et merci de nous répondre.

Bonjour !  Tout d’abord, merci de m’avoir contacté et  proposé cette interview, Merci beaucoup pour la considération.

Esbi Media : Avant de commencer, avez-vous l’habitude de magazines web camerounais ?

Non, je n’ai pas l’habitude des magazines web camerounais. Mais voilà, c’est un réel plaisir d’être interviewé par un magazine africain et principalement d’un pays frère, parce que je suis un grand panafricaniste.

Esbi Media : À 27 ans seulement, vous marchez sur les hauteurs du cinéma. Comment vous sentez-vous à ce jour ?

Sur les hauteurs du cinéma ? Écoutez ! Pour moi il y a encore une véritable marche à traverser et j’essaye de la franchir chaque jour. Je travaille sur cela depuis que je me suis lancé dans ma carrière à l’âge de 19 ans. J’en ai effectivement 27 ans aujourd’hui, et je me sens très bien. Je me sens à ma place, je sens que j’avance bien, que j’avance là où je veux et surtout avec les objectifs que j’ai dans le cinéma. Et mon objectif principal peut se résumer en une seule phrase : « être un acteur reconnu internationalement ». J’estime par ailleurs qu’avec les obstacles que j’ai eu, les  challenges que j’ai eu et cetera,  je suis très fier d’être là où j’en suis dans ma carrière.

Esbi Media : Sur quoi s’adosse votre succès : à la formation ou à la passion du cinéma ?

Alors mon succès, je dirai qu’il est dû à tout un tas de choses. Premièrement, c’est mon étoile, j’ai une bonne étoile honnêtement au-dessus de la tête et j’ai une chance. Me dire que c’était réellement ce que j’étais censé faire, que c’était mon destin à moi. Je ne suis pas né avec le nom Sedo, mais, ma grand-mère me l’a donné officieusement. Et c’est plus tard dans ma vie que j’ai décidé de le prendre de manière officielle et légale sur mes papiers. Le nom « Sedo » en FONGBE, qui est le dialecte le plus parlé au Bénin, veut dire « le destin à semer ». Et c’est vrai, parce que je suis un Africain activiste qui veut toujours revendiquer ses origines et sa culture. J’ai également décidé de l’approprier par rapport à sa signification. En fait, c‘est le destin qui me porte, me dit où je vais aller et là où je suis censé aller. Et je dirais qu’à cela s’ajoute bien évidemment, beaucoup de travail, beaucoup de formations, beaucoup de prises de risque. Et j’en ai pris en me lançant dans le cinéma, que ce soit en France, en partant aux États-Unis. Par exemple, j’ai fait un prêt pour partir aux États-Unis pour 08 mois. Je n’avais que ce laps de temps pour percer et rembourser le prêt. Voilà, j’ai pris des risques de fous pour pouvoir me donner une chance de réussir. Et cela a payé ! La passion pour  le cinéma, je dirai non ! Je ne me considère pas comme un passionné de cinéma. Je sais que ça peut sonner un peu bizarre ou étonnant, mais moi je suis surtout un passionné de jeux. Je suis un passionné de comédie. J’adore jouer et voilà.

Esbi Media : En 2018, vous êtes médaillé d’or au championnat du monde des arts de la scène à Hollywood. Est-ce le déclic de votre riche carrière d’acteur ?

Alors, quand j’ai été médaillé au championnat du monde des arts de la scène à Hollywood, ce n’était pas le déclic qui m’a emmené dans le cinéma. J’y avais participé justement parce que je voulais être un acteur reconnu. Par contre cela a été un tournant majeur dans ma carrière. Ce championnat m’a justement permis d’avoir accès aux États-Unis ainsi qu’à Hollywood.

Esbi Media : Vous êtes également musicien… Quel est, des deux métiers, celui que vous préférez ?

Ah ça ! C’est une très bonne question. Je suis beaucoup plus passionné de musique que du cinéma. C’est ce qui me plaît le plus. Si on parle en termes d’art, c’est la musique mon N°1. Par contre, ce que je préfère faire c’est le jeu ;  jouer à la comédie sur scène. J’aime le théâtre.  Il me procure plus de plaisir et de sensations quand je suis sur scène. J’ai aussi donné des concerts de piano. C’est quelque chose que j’adore et j’ai envie de pouvoir faire les deux à un très haut niveau.

Esbi Media : Quelle est l’expérience que vous avez de votre tout premier rôle ? Quel était-il ?

Mon tout premier rôle, c’est le rôle de Denzel dans le film « Et si on s’en sortait », qui a été réalisé en France. C’était une expérience incroyable parce que c’était un rêve. J’étais comme un enfant au début de ma carrière. Être propulsé comme ça dans un rôle principal d’une production qui était quand-même assez haute, c’était incroyable. J’avais 19 ans, je venais de me lancer. Personne ne croyait encore en moi en ce moment là. Ça paraissait comme un coup de folie pour mon entourage, que je me lance en tant qu’acteur. Pour mes proches, j’étais prédestiné à faire autres choses plus important. J’avais selon eux, un destin tout tracé en tant qu’ingénieur, parce que j’étudiais pour devenir ingénieur en robotique. Mais pour moi, c’était  vraiment une expérience rêvée.

Esbi Media : Vous êtes Victor dans la nouvelle série Black Santiago Club, un manipulateur prêt à tout pour donner le sourire à sa maman. Comment appréciez-vous ce rôle ?

Pour le coup, Victor, c’est quelqu’un qui est prêt à tout pour donner le sourire à son papa. Écoutez, c’est quelque chose que j’ai, c’est un rôle que j’ai énormément apprécié dès que j’ai lu le scénario. En réalité, dès les premières pages du scénario, j’ai découverts que mon rôle est vraiment celui que j’attendais depuis longtemps. C’était quelque chose qui allait pouvoir me challenger en termes de jeu, parce que ce n’était pas du tout évident émotionnellement pendant le tournage. C’était très éprouvant. Il fallait aller chercher dans les recoins de mon corps, de mon âme, de mon esprit, pour pouvoir sortir les émotions nécessaires et jouer. Voilà de manière juste et de manière éprouvant ce rôle très tranchant. J’espère en tout cas pouvoir apprécier le résultat parce qu’en fin de compte, c’est ça qui est assez fou. En tant qu’acteur, c’est quand le film sort, que  l’on apprécie le plus notre carrière et qu’on peut apprécier le résultat final. On s’en sert durant le processus de création artistique qui est complet. Quand il y a une pièce qui manque au puzzle, on se rend compte qu’on ne peut pas totalement apprécier la chose.

Esbi Media : Comment vous êtes-vous retrouvé dans Black Santiago Club ?

C’est une longue histoire. Mais si j’essaie de la résumer, je me retrouve dans Black Santiago Club parce qu’en 2020, quand il y a la crise sanitaire, du COVID-19, il y avait des crises sociales également en Amérique.  Avec le mouvement Black Lives Matter, j’étais aux Etats Unis et ce n’était pas vraiment très évident. C’était très compliqué de vivre là-bas. Donc, j’ai décidé de revenir au Bénin pour me reposer, pour passer  un peu de temps avec ma grand-mère qui commençait à être aussi malade. Et comme je suis porté par mon travail, ma passion  et par ce que je fais, j’ai décidé de m’investir aussi dans le cinéma au Bénin. C’est un État totalement embryonnaire dans ce domaine là. J’ai décidé d’ouvrir une école d’acteur. C’est ce que je maîtrisais le plus et je me suis rendu compte qu’il y avait un grand manque de formation dans mon pays pour pouvoir aspirer aux sphères du cinéma international. En ouvrant effectivement cette école, je suis entré en contact avec Florent Kowozoti, très intéressé par les activités que je menais, il a accepté de me recevoir. C’était le conseillé culturel de la série Black Santiago Club. C’est lui qui m’a mis en contact avec les producteurs. On s’est rencontré, j’ai passé le casting et cela a pris.

Esbi Media : Avez-vous des préférences de rôles dans l’actorat ?

Je dirais que je suis fait pour la comédie. Je suis un excellent comédien. En soi, je suis très drôle (rires). En tout cas je pense l’être ! (rires). Donc les rôles comiques sont ceux que je maîtrise énormément. Mais ma préférence en termes de choix de carrière, ce sont des rôles dramatiques. Généralement, quand tu es connu pour des rôles comiques, tu finis par paraître un peu catalogué. Le risque à long terme est qu’on finit par te voir comme le comique de tout le monde. Moi ce n’est pas ce que je veux. Et pourtant, si tu es connu dans un rôle dramatique, pour aller vers le comique c’est très facile. Le Drama (acteur qui joue les rôles dramatiques : ndlr) ouvre plus de portes dans le cinéma.

Esbi Media : Sedo Tossou, en trois dates, parlez-nous des faits importants qui ont marqué votre histoire.

Trois dates ! Waouh ! C’est la première fois qu’on me pose cette question. C’est une incroyable question (stupéfaction). Je dirai qu’il y a le 31 décembre 2018. C’était le moment où j’ai pris l’avion pour m’installer aux Etats Unis afin devenir acteur et me donner une chance de pouvoir goûter au rêve Hollywoodien. Il y a le 1er septembre 2020, c’est l’année où j’ai déménagé des États-Unis pour le Benin. Je me suis installé dans mon pays d’origine, ensuite j’ai installé mon entreprise, mon école Sèdo N’nogni etc. Cette date a aussi marqué l’un des plus grands tournants de ma vie et de ma carrière. C’était aussi un moment très éprouvant émotionnellement. Il y a eu beaucoup de négatifs pendant cette période. Mais c’est clairement la période la plus marquante. La troisième date, j’essaie de la trouver. Mais en fin de compte, je parlerai du 03 juillet 2023, c’est à dire la date de sortie de la série Black Santiago Club. J’espère que ce sera un autre tournant pour ma carrière.

Esbi Media : Avez-vous des projets à court et à long terme ? Si oui, lesquels ?

Bien sûr ! Moi je suis l’homme à projet. J’ai énormément de projets. À court et à long terme. Actuellement le projet sur lequel je travaille s’appelle les AKOWES. C’est une série télévisée que j’essaie de développer sur un institut fictif panafricain. J’ai envie de créer une série un peu à l’Élite River Dell. Des séries universitaires qui sont très populaires aux Etats Unis. Et j’ai envie d’en créer une très populaires en Afrique. Je suis entrain de travailler sur ce projet actuellement, puisque je me développe aussi en tant que producteur. J’aimerais pouvoir construire mon école de cinéma encore plus grande, avoir ma propre salle de cinéma au Bénin et ma salle de Théâtre. C’est quelque chose qui me tient à cœur. C’est vraiment du long terme. Sur le court-terme, j’aimerai reprendre les castings, continuer en fait ma carrière d’acteur et la faire évoluer le plus loin possible. Je vous remercie, ça me touche beaucoup.

Esbi Media : Vous êtes un exemple à suivre pour la jeunesse africaine. Pouvez-vous faire une comparaison objective entre l’Afrique et l’Europe côté cinéma ? Qualité de production et paiement des acteurs…

Je suis flatté que vous pensez que je sois un exemple à suivre pour la jeunesse africaine. Objectivement, entre l’Afrique et l’Europe, je vais dire des choses qui ne sont pas forcément politiquement correcte. Ce sont des choses que beaucoup de personnes savent. À la base, j’ai quitté la France parce que je trouve qu’il y a énormément de discrimination raciale et un manque d’opportunités pour les acteurs noirs dans le cinéma. Juste pour les noirs ! Et en fin de compte, quand je vois que le rôle le plus prestigieux qui me tient à cœur dans ma carrière et que je l’ai obtenu dans mon pays d’origine, le Bénin, je comprends que c’est aussi un signe divin pour me dire, j’appartiens réellement à l’Afrique. Au lieu d’essayer de se trouver une place dans un pays qui n’est pas le nôtre, et dans un continent qui n’est pas le nôtre, qu’on le veuille ou non, qu’on soit né là-bas ou pas, il est mieux d’évoluer chez soi. Tout le monde ne pense pas comme ça, mais moi je pense qu’au lieu d’essayer de se trouver une mini place, de manger les miettes que l’industrie cinématographique occidentale nous donne, on a la possibilité d’exister et d’être valoriser, d’être considéré en Afrique. Et pour moi, c’est un signe très fort. Maintenant à la qualité de production, pour moi c’est difficilement comparable parce que ce n’est pas les mêmes moyens. Moi j’aimerais voir les mêmes moyens financiers déployés pour une série en Afrique que pour une série en Europe. Et là je pourrais peut être faire une comparaison de production. Pour l’instant je ne peux pas comparer. Même par rapport au paiement d’acteur. Je ne peux pas le faire. Je pense que je suis beaucoup plus payé quand je suis aux Etats Unis qu’en Europe. Ce n’est pas parce-que parce que les États-Unis m’aiment plus, ce n’est pas parce-que l’Europe me considère plus. C’est parce que les productions qui m’emploient là-bas ont plus de moyens. Donc, quand on aura plus de moyens également, je vous assure qu’on va faire plus qu’être des rivaux, des compétiteurs. Je pense qu’on va vraiment prendre le dessus. En tout cas je le pense. Je pense que l’Afrique va prendre le  dessus dans le cinéma. Ça je le pense. Pour moi, l’Afrique a la capacité de pouvoir prospérer et de briller aux yeux du monde entier.

Merci pour votre disponibilité et votre hospitalité.

Merci ! Merci beaucoup à vous pour l’invitation. Je vous donne énormément de force et de soutien. Merci vraiment, ça me touche beaucoup. C’est l’esprit panafricain que j’aime. Vous êtes camerounais et vous avez pris la peine de me recevoir en interview pour un média de chez-vous, même si je suis béninois. On est ensemble et on est frère. Merci !

Entretien mené par Cyrille Ella

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