L’ÉVOLUTION PROSPÈRE DU THÉÂRE AFRICAIN : UNE VITRINE CULTURELLE EN CONSTANTE EXPANSION

Le théâtre africain est un art vivant qui puise ses racines dans les traditions orales et musicales du continent...
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Le théâtre africain est un art vivant qui puise ses racines dans les traditions orales et musicales du continent. Il a connu de nombreuses transformations au fil de l’histoire, sous l’influence de divers facteurs culturels, religieux, politiques et sociaux. Avant la colonisation, l’Afrique se caractérise par une grande diversité de formes d’expression artistique dramatisée, qui relèvent de la transmission des savoirs, des croyances et des valeurs. Ces formes sont souvent liées à des cérémonies religieuses, initiatiques, funéraires ou festives, où se mêlent le chant, la danse, la musique, le conte, la poésie, le mime et l’acrobatie. La figure du griot, ou son équivalent dans diverses traditions, est fondamentale.

Il s’agit d’un artiste polyvalent, qui joue le rôle de conteur, de musicien, de chanteur, de comédien et de médiateur social. Il déclame des récits héroïques, historiques ou mythiques, accompagné d’instruments comme le mvett (harpe-cithare), le sistre, le tambourin ou le djembé. Il utilise souvent des masques, des marionnettes ou des costumes pour incarner les personnages de ses histoires. Il fait appel à l’humour, à la satire, à la provocation et à l’improvisation pour captiver son auditoire et transmettre son message.

Avec l’arrivée des colonisateurs et des missionnaires, le théâtre africain subit l’influence de religions et de cultures étrangères, comme l’islam et le christianisme. Ces religions introduisent de nouvelles pratiques, comme la récitation du Coran ou la mise en scène de récits bibliques. Elles concurrencent ou se mêlent à la théâtralité religieuse locale, donnant lieu à des formes hybrides ou syncrétiques. Par exemple, on assiste à l’émergence de mouvements messianiques ou mystiques, qui utilisent le théâtre comme moyen de propagande ou de contestation.

L’école coloniale joue également un rôle important dans la transformation du théâtre africain. Elle impose la langue du colonisateur (allemand, anglais, français ou portugais) comme langue d’enseignement et de communication. Elle expose les élèves à des œuvres littéraires et théâtrales occidentales, qu’ils doivent apprendre par cœur ou adapter à leur contexte. Elle encourage aussi la création de pièces originales, qui visent à éduquer ou à divertir les enfants. Ainsi naît un théâtre scolaire, qui sert souvent de tremplin aux futurs dramaturges africains. Après les indépendances, le théâtre africain connaît un essor remarquable. Il devient un moyen d’expression privilégié pour affirmer l’identité culturelle et politique des peuples africains. Il se nourrit des sources traditionnelles et extérieures, mais il innove aussi en termes de formes et de contenus. Il aborde des thèmes variés, comme la décolonisation, la néo-colonisation, la corruption, la dictature, la démocratie, le développement, la modernité, la tradition, le métissage, le genre ou l’environnement.

Il utilise des langues multiples : les langues coloniales (qui sont souvent détournées ou créolisées), les langues nationales (qui sont parfois inventées ou codifiées) et les langues locales (qui sont valorisées ou réinventées). Il expérimente des techniques diverses : le mélange des genres (théâtre-conte-musique-danse), le recours aux symboles (masques-marionnettes-objets), la rupture du quatrième mur (interaction avec le public), la décentralisation (théâtre de rue-théâtre rural), la participation (théâtre-forum-théâtre populaire). Le théâtre africain contemporain est riche et varié. Il compte de nombreux auteurs, acteurs, metteurs en scène et critiques, qui ont acquis une renommée internationale. Parmi eux, on peut citer Wole Soyinka (Nigeria), Aimé Césaire (Martinique), Kateb Yacine (Algérie), Ousmane Sembène (Sénégal), Bernard Dadié (Côte d’Ivoire), Ngugi wa Thiong’o (Kenya), Sony Labou Tansi (Congo), Athol Fugard (Afrique du Sud) ou Koffi Kwahulé (Côte d’Ivoire). Le théâtre africain est aussi présent sur les scènes du monde entier, grâce à des festivals, des tournées ou des échanges. Il témoigne ainsi de la vitalité et de la créativité de l’Afrique, qui n’a pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller.

Manuella MANGA

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